Je méprise les lycéens qui cassent les abribus. Ils ne défendent aucune cause. Ils détruisent simplement le bien commun.
En revanche, je comprends l’inquiétude d’une génération qui regarde l’avenir avec angoisse. Et je comprends tout autant celle de nos professeurs, qui voient chaque jour s’effriter un modèle auquel ils continuent pourtant de croire.
Car regardez ce qu’on demande aujourd’hui à nos professeurs : enseigner dans des classes surchargées, transmettre un savoir à des élèves abrutis par les écrans, faire face à des parents qui contestent leur autorité, savoir qu’une simple altercation peut parfois finir en coup de couteau… le tout pour un salaire indigne de la responsabilité qu’on leur confie.
Des milliards sont engloutis chaque année par l’Éducation nationale. Et pourtant, nos profs souffrent et nos enfants régressent.
Alors une question s’impose.
Pourquoi ?
Pourquoi l’école française va-t-elle si mal ?
La réponse est là, sous nos yeux. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Mais personne n’ose le regarder en face…
Il se trouve en effet que, dans l’opacité la plus totale, près de 30% du budget de l’Éducation nationale sont alloués aux retraites. Et cette part augmente avec le temps. Et il ne s’agit même pas seulement des anciens enseignants. Ce budget finance aussi les retraites d’autres fonctions publiques, y compris celles de services qui n’existent plus, comme les quelque 300 000 retraités des PTT ! Je vous renvoie notamment aux travaux de Jean-Pascal Beaufret et de Sylvain Catherine.
On nous répète donc chaque année que le budget de l’Éducation nationale augmente. C’est factuellement exact. Mais seulement si l’on oublie de regarder ce qu’il finance !
Car si l’on retranche les sommes consacrées aux retraites, le budget réellement consacré à l’éducation… baisse !
Nous entretenons donc une illusion collective : nous croyons investir davantage dans l’école, alors que nous investissons en réalité toujours moins dans l’éducation.
Voilà pourquoi les classes restent surchargées.
Voilà pourquoi les professeurs sont si mal rémunérés.
Voilà pourquoi l’Éducation nationale donne le sentiment de s’épuiser.
Nous demandons au ministère qui prépare l’avenir… de financer le passé.
Et c’est probablement la plus grande faute que nous puissions commettre au moment même où l’intelligence, la connaissance et la maîtrise des technologies deviennent les premières richesses des nations.
Les empires de demain ne se construiront ni sur le pétrole, ni sur les matières premières. Ils se construiront sur le savoir.
Le jour où nous comprendrons que l’Éducation nationale n’est pas un poste de dépense mais notre principale industrie d’avenir, il sera peut-être déjà trop tard.
Rafik smati
(Intervention sur LCI)
