Invité par David Pujadas sur LCI après les pillages du 17 octobre, Rafik Smati assume le lien entre les échecs de l'intégration et les violences, et répond au président de SOS Racisme : le déni ne protège pas les Français issus de l'immigration, il les laisse seuls et nourrit les démagogues. Il défend l'immigration comme une promesse, celle d'un pays sûr de lui qui exige autant qu'il donne, et appelle à offrir un destin à toute la jeunesse.
Oui, il y a un lien entre les échecs de l’intégration et les violences que nous subissons. Le reconnaître ne fait pas de chaque immigré un coupable. Mais le nier nous empêche d’agir.
Et pendant que nous discutons pour savoir si nous avons le droit de nommer le problème, il s’aggrave. Tel est le message que j’ai voulu faire passer hier soir sur le plateau de David Pujadas.
Comme vous le savez peut-être, je suis moi-même un enfant de l’immigration. Et comme des millions d’immigrés et d’enfants d’immigrés, je ne me reconnais pas dans ces voyous. Ils me font honte. Je refuse qu’ils deviennent, aux yeux de certains, le visage de mes origines. Leurs actes portent aussi préjudice à tous ces jeunes issus de l’immigration qui cherchent un emploi et se heurtent déjà à la défiance. Ils n’ont rien fait, mais ils en paient le prix.
Face au président de SOS Racisme, j’ai tenu à exprimer mon désaccord. Je comprends la volonté de protéger les Français issus de l’immigration des amalgames. Je la partage. Mais le déni ne les protège pas. Il les laisse seuls avec les difficultés, pendant que les démagogues prospèrent sur ce que nous refusons de regarder.
Oui, je défends l’immigration, mais je la défends comme une promesse : celle d’un pays sûr de lui qui exige autant qu’il donne. Ceux qui, au nom de l’antiracisme, refusent toute exigence envers les immigrés ne les protègent pas. Ils les assignent à résidence identitaire. Ils leur expliquent qu’ils ne sont que leur origine et qu’on n’attend rien d’eux.
Quant aux voyous, leur place est en prison. Point.
Donc plutôt que de voir mon pays débattre sans fin pour savoir si les immigrés sont une chance ou un problème, je voudrais que nous sachions rétablir l’ordre sans faiblesse, garantir la sécurité de tous et nous donner enfin un futur à partager. C’est cela qui manque cruellement à la France aujourd’hui.
Quel avenir proposons-nous à un jeune des quartiers ? Mais aussi à un jeune dont la famille est française depuis dix générations ? Qu’avons-nous à leur offrir, à leur donner envie de construire ensemble ?
Ces jeunes ont des histoires différentes. À nous de leur proposer un destin.
Rafik Smati
(Intervention chez David Pujadas sur LCI)