Leboncoin, la RATP, TF1 : une avalanche de mails sur les « pixels de suivi » avant le 14 juillet. Rafik Smati décrit ce zèle de conformité comme le grand combat numérique d'un pays qui mobilise ses juristes pour savoir si vous avez ouvert une newsletter.
Depuis quelques jours, vous recevez sans doute une avalanche d’e-mails sur les « pixels de suivi ». Leboncoin, RATP, TF1, Le Figaro, AlloCiné… Tout l’écosystème numérique français s’agite pour se mettre en règle avant le 14 juillet.
Le sujet ? Savoir si vous avez ouvert une newsletter.
Voilà donc notre grand combat de civilisation numérique : mobiliser des juristes, des développeurs, des services marketing, des budgets, des semaines de travail… pour encadrer le pixel invisible qui permet de savoir si un mail a été lu.
Je suis entrepreneur du numérique. Je vois cette machine de l’intérieur. Comme dans mon entreprise, des milliers de PME vont encore passer du temps à produire de la conformité au lieu de produire de la valeur, à sécuriser des formulaires au lieu d’améliorer leurs produits, à financer de la paperasse au lieu d’embaucher, d’innover, d’exporter…
Le 15 juillet, pourtant, aucune liberté fondamentale ne sera mieux protégée. Mais beaucoup d’énergie entrepreneuriale aura été brûlée sur l’autel de cette passion française : compliquer la vie de ceux qui travaillent.
Le RGPD avait déjà infligé un coût immense à notre écosystème numérique. Visiblement, certains en redemandent.
Pendant que les États-Unis inventent, pendant que la Chine industrialise, nous, on réglemente l’accusé de réception.
Ils appellent ça protéger les citoyens. Moi, j’appelle ça organiser méthodiquement le décrochage de la France.