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Rafik Smati

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La France n’a pas seulement perdu le contrôle de ses rues, elle a perdu celui de son avenir

Invité par David Pujadas sur LCI après les violences du 17 octobre, Rafik Smati voit dans le chaos l'aboutissement de décennies de renoncements : 6,3% de la dépense publique pour le régalien, 57% pour le social, et plus aucun récit collectif. Il appelle à retrouver l'ordre et l'autorité, et à faire de l'humanisme technologique le grand projet français.

Et si le véritable drame français n’était pas seulement d’avoir perdu le contrôle de nos rues, mais d’avoir perdu le contrôle de notre avenir ?

Invité hier soir de David Pujadas sur LCI, j’ai voulu aller au-delà des images de chaos qui bouleversent notre pays. Car ce que nous vivons n’est pas seulement une crise sécuritaire. C’est l’aboutissement de décennies de renoncements.

Nous avons progressivement renoncé à l’autorité, relativisé l’inacceptable et oublié que la première raison d’être de l’État était de garantir la sécurité de ses citoyens.

Nos choix budgétaires le démontrent de manière éclatante. Les fonctions régaliennes de l’État (police, justice, armées) ne représentent que 6,3% de notre dépense publique. Contre 57% pour les dépenses sociales.

Nous avons fait le choix de la protection plutôt que de la puissance. À force de vouloir nous prémunir contre tous les risques, nous avons fini par désarmer notre pays. Désarmé nos armées, affaibli notre police, fragilisé notre justice. Et jusqu’à notre école, qui peine désormais à remplir sa mission fondamentale : transmettre les savoirs et former des citoyens éclairés.

Mais je crois que nous commettrions une erreur en pensant qu’il suffirait de rétablir l’ordre pour résoudre tous nos problèmes. Car si la France a perdu une partie de son autorité, elle a aussi perdu quelque chose de plus précieux encore : la capacité de se projeter collectivement dans l’avenir.

Et cela me touche profondément. Voyez-vous, je suis moi-même un immigré. Lorsque je suis arrivé en France avec mes parents, nous avons découvert un pays de liberté, de prospérité, un pays où l’on pouvait rêver, entreprendre et construire. Un pays qui ne promettait pas seulement la sécurité, mais aussi la possibilité d’un avenir meilleur.

C’est cette promesse française que je refuse de voir disparaître.

Ce qui a fait la grandeur des nations à travers l’histoire, ce n’est en effet pas seulement leur capacité à faire respecter des règles. C’est aussi leur capacité à rassembler des millions de femmes et d’hommes autour d’un projet qui les dépasse. Un récit collectif qui donne à chacun le sentiment de participer à quelque chose de plus grand que lui.

Et c’est précisément ce qui nous manque cruellement aujourd’hui.

Nous passons notre temps à débattre de ce que nous devons préserver, de ce que nous devons protéger, de ce à quoi nous devons renoncer. Mais quand parlons-nous de ce que nous voulons bâtir ? Quelle France voulons-nous laisser à nos enfants en 2050 ?

Quand David Pujadas me demande quelle pourrait être cette nouvelle utopie rassembleuse, je lui réponds qu’elle est sous nos yeux. Nous entrons en effet dans une révolution technologique qui va bouleverser nos économies, nos sociétés et jusqu’à notre condition humaine. Tout est à réinventer : notre rapport au travail, à la santé, à l’éducation, à la connaissance, à la vie elle-même.

Et dans ce monde nouveau qui se dessine, entre l’autoritarisme chinois et l’impérialisme américain, la France et l’Europe ont une troisième voie à inventer : celle d’un nouvel humanisme technologique. Qui mieux que la France, pays des Lumières, des ingénieurs, des chercheurs, des inventeurs et des entrepreneurs, pourrait porter cette ambition ?

Nous avons les talents, la jeunesse, l’intelligence et le génie nécessaires. Ce qui nous manque, ce n’est pas le potentiel. C’est la volonté de nous en saisir collectivement.

Mais pour cela, nous devons retrouver les fondations sur lesquelles se construisent les grandes nations : l’ordre, l’autorité, la confiance et l’ambition.

Retrouver l’ordre pour retrouver la confiance.

Retrouver l’autorité pour garantir la liberté.

Retrouver la puissance pour redevenir maîtres de notre destin.

Rafik Smati

(Intervention chez David Pujadas sur LCI)

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