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La France et l’Europe sont des colonies numériques des Etats-Unis et de la Chine !

Depuis plusieurs années, j’alerte sur le risque de voir la France et l’Europe devenir des colonies numériques des États-Unis et de la Chine. Ce risque n’est plus théorique. Il est devenu une réalité.

Regardons la réalité en face : pour garantir la sécurité nationale, nos services de renseignement, notamment la DGSI, dépendent du logiciel américain Palantir (et le contrat vient d’être renouvelé). Pour stocker nos données de santé, nous nous jetons dans les bras de Microsoft Azure. Avec le Cloud Act, nous acceptons de fait l’extraterritorialité du droit américain sur nos informations les plus sensibles. Nous avons conservé nos frontières physiques, mais nous avons cédé nos frontières numériques.

Dans le même temps, le monde se réorganise autour de deux grandes puissances technologiques. Les États-Unis ont bâti un modèle fondé sur le logiciel, les plateformes et l’intelligence artificielle. La Chine structure une puissance industrielle autour du matériel, de la robotique et de la production de masse. Le véritable affrontement du 21ème siècle se situe désormais à l’intersection des deux : la capacité à utiliser le logiciel pour piloter et transformer le monde physique. Avec à la clé des révolutions dont vous n’imaginez même pas la portée.

Dans ce combat stratégique, l’Europe est en retrait. Non par manque de talents ou de savoir-faire, mais parce qu’elle a progressivement privilégié une culture de la protection à une culture du risque. Nous avons choisi de réguler ce que nous ne produisions plus, convaincus que la norme pouvait tenir lieu de stratégie industrielle.

Si je devais utiliser une métaphore, je dirais que la Chine a construit l’immeuble (le gros œuvre). Les États-Unis en sont les architectes et les designers (le logiciel, l’IA). Et l’Europe ? Nous nous contentons de rédiger le règlement de copropriété ! Pire encore : nous sommes très fiers d’avoir rédigé le règlement de copropriété le plus strict du monde (RGPD, DMA, DSA, AI Act), alors même que nous ne possédons pas un seul mètre carré de l’immeuble !

Nous avons préféré le confort de la norme au vertige du risque. Nous avons inscrit le principe de précaution dans la Constitution, là où nous aurions dû inscrire l’audace.

Il est encore possible de reprendre notre destin en main, mais cela exige un changement profond de logiciel politique. Il nous faut réinvestir dans l’éducation scientifique, remettre les mathématiques et l’ingénierie au cœur de notre projet collectif, créer un véritable choc de liberté pour l’innovation et l’entrepreneuriat, et assumer une vision industrielle européenne de long terme.

La souveraineté numérique n’est ni un repli ni un slogan. C’est la condition de notre liberté future. Le temps joue contre nous, mais l’histoire n’est pas écrite. À condition d’avoir le courage de regarder la réalité en face et de choisir enfin l’audace plutôt que le renoncement.

Il est maintenant minuit moins deux.

Merci à David Pujadas et à LCI de m’avoir donné carte blanche pour exprimer ce point de vue, que je sais partagé par beaucoup d’entre vous.

Rafik Smati

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