Donald Trump annonce 10% de droits de douane punitifs contre la France et 8 pays européens. C’est tragique, et tellement prévisible. Comme le sont les réactions européennes : « C’est un scandale », « C’est inacceptable »…
Hélas, toutes ces indignations sont des tigres de papier !
Nous bombons le torse alors que nous sommes à genoux. Nous jouons les gros bras moraux, mais nous refusons de voir une vérité cruelle : nous sommes devenus une colonie numérique. Car oui, la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit dans les infrastructures. Or, quel est l’état des lieux en ce début 2026 ?
Nous sommes tous sous l’épée de Damoclès du Cloud Act, qui donne aux autorités américaines un droit de regard permanent sur nos données. Mais l’emprise est systémique : elle verrouille nos flux financiers via le duopole Visa-Mastercard, elle contrôle jusqu’aux racines de l’Internet à travers l’ICANN, et s’étend à notre intimité la plus stricte avec nos données de santé hébergées chez Microsoft. Le constat est d’autant plus amer qu’il touche le cœur même de notre souveraineté régalienne, la DGSI venant tout juste de resigner pour trois ans avec Palantir pour assurer notre sécurité nationale.
Si demain la tension monte d’un cran, si Washington décide de « débrancher », ce n’est pas juste une taxe de 10% que nous subirons. C’est un Moyen Âge numérique !
Imaginez une seconde : coupure des services cloud, accès restreint aux modèles d’IA, paralysie des réseaux bancaires et logistiques dépendants des technologies US. Nous ne tiendrions pas une semaine.
Alors, que faire ?
Continuer de pleurer sur la brutalité de Trump ? C’est inutile. Sortons de la posture de la victime outragée. Regarder notre dépendance en face, ce n’est pas du défaitisme, c’est au contraire la première étape pour arrêter de subir et commencer à reconstruire.
Arrêtons le déni. Engageons dès aujourd’hui une véritable stratégie industrielle et énergétique. Pas un « plan » de communication, mais un plan à 10, 20 ans, 50 ans pour reconstruire, brique par brique, notre autonomie.
Mais je veux être clair : aucune stratégie ne fonctionnera si nous gardons nos boulets aux pieds. Nous avons le génie entrepreneurial, nous avons des ingénieurs brillants. Mais ils étouffent aujourd’hui sous le poids d’un État Léviathan, bloqués par des rigidités structurelles et une inflation normative délirante.
Le vrai sujet est là : comment sortir de cette asphyxie bureaucratique pour construire enfin une véritable logique de puissance ?
L’indignation est un confort. L’action est un devoir. Alors arrêtons de nous plaindre et commençons à bâtir. Ou alors, nous serons les témoins passifs de notre vassalisation.
Rafik Smati
