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Rafik Smati invité de « L’Atelier politique »sur RFI – Long entretien avec Fréderic Rivière

Lien source : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/l-atelier-politique/20260103-rafik-smati-nous-sommes-en-panne-d-avenir-et-c-est-le-drame-de-la-france

L’entrepreneur et président du think tank Objectif France livre sa vision d’une nation à la croisée des chemins. Entre révolution technologique et déclin économique, il plaide pour un sursaut collectif tourné vers 2045. Invité de l’Atelier Politique, il répond aux questions de Frédéric Rivière.

Un libéral inclassable au service du débat public

Rafik Smati refuse les étiquettes. Tantôt décrit comme centriste, libéral ou conservateur, l’homme d’affaires assume ce positionnement atypique. « Je serais tenté de dire que c’est le libéral qui l’emporte sur pas mal de choses. C’est ce goût de la liberté qui n’est ni de gauche ni de droite », confie-t-il.

Sa trajectoire politique reflète ses priorités économiques. Soutien de François Fillon en 2017, puis d’Emmanuel Macron en 2022, il reconnaît des choix « qui peuvent, aujourd’hui apparaitre comme contradictoires ». Sa boussole reste la même : « La liberté d’entreprendre, la liberté d’agir. Je m’inscris résolument pour le risque ».

Le principe de précaution, ennemi du progrès

Pour Rafik Smati, l’inscription du principe de précaution dans la Constitution représente « l’une des plus grandes erreurs de la France de ces 30 dernières années ». Ce cadre juridique « bride l’audace, bride les initiatives » et transforme la prudence en paralysie.

Des propositions ministérielles lui ont été faites, notamment sous François Hollande et Emmanuel Macron. Il les a déclinées par pragmatisme : « On ne peut pas être à la fois patron d’une PME et au service d’un mandat électif dans lequel on doit, par nature, se donner à fond ».

Un constat alarmant : la France décroche

Les chiffres sont sans appel. « Nous étions le quatrième pays du monde il y a 20 ans en termes de PIB par habitant, on est aujourd’hui le 16ᵉ », rappelle l’entrepreneur. Ce processus de déclassement n’est pas une fatalité, mais il exige, selon lui, un changement radical de mentalité.

Le système éducatif illustre ce dysfonctionnement. « Le budget de l’Éducation nationale a augmenté au fil du temps », observe-t-il, mais en retirant les pensions de retraite, « le budget réel assigné à l’éducation de nos enfants est en baisse ». Résultat : des enseignants « payés au lance-pierre » et un effondrement dans les classements PISA.

« On dépense de plus en plus d’argent dans l’éducation nationale. À côté de ça, on a des profs qui sont payés de manière indigne. Et en même temps, on est en train de s’effondrer dans les classements PISA. Un peu comme si tout le monde y perdait ».

La Chine forme des armées d’ingénieurs

Le retard technologique français inquiète particulièrement Rafik Smati. En Chine, sept millions d’étudiants se forment pour devenir ingénieurs. En France ? 150 000 seulement. Le ratio est encore plus préoccupant : « 30% des élèves chinois en études supérieures vont devenir ingénieurs. La Chine est en train de devenir un pays d’ingénieurs ».

Cette course à l’innovation conditionne l’avenir. « On ne construira pas le XXIIᵉ siècle qui va être hautement technologique » sans ingénieurs, martèle-t-il. La France a raté la bataille d’Internet, des moteurs de recherche, des réseaux sociaux et des modèles de langage en intelligence artificielle.

Mais tout n’est pas perdu. « La bataille de la robotisation, la bataille des robots, on peut encore la gagner », estime-t-il, à condition de renouer avec la planification industrielle.

Nucléaire et robots : un pari sur l’avenir

Rafik Smati défend une vision pragmatique de la transition énergétique. Pro-nucléaire sans rejeter les énergies renouvelables, il mise sur les avantages compétitifs historiques de la France. « Nous entrons dans ce monde hautement technologique qui va nécessiter beaucoup d’énergie, beaucoup d’électricité ».

Sa proposition choc : que l’armée française commande « des prototypes de robots fantassins » aux entreprises françaises. « Je suis d’avis que l’armée française commande aux entreprises françaises 10 000 robots. Je mets 3 milliards d’euros sur la table et je vous donne dix ans ». Cette stratégie permettrait, selon lui, de reconstituer une filière cohérente, du nucléaire en amont aux robots en aval.

L’intelligence artificielle, nouvel impératif éducatif

L’entrepreneur vient de lancer Louxor.ai, une intelligence artificielle éducative française destinée aux élèves du primaire au lycée. Un paradoxe apparent pour ce père qui refuse d’équiper ses enfants de smartphones. « Mes enfants qui ont quatorze ans et douze ans n’ont pas de téléphone portable », assume-t-il.

Sa philosophie : distinguer l’usage aliénant de la technologie de son usage émancipateur. « Le rapport aux écrans pour un enfant, ce n’est pas manichéen, ce n’est pas pour ou contre, c’est pour quoi faire ? ».

« Nos enfants doivent apprendre à interagir avec les intelligences artificielles. C’est une condition de leur survie professionnelle et sociale », affirme-t-il avec gravité.

Le vertige de l’homme augmenté

Rafik Smati porte un regard lucide sur l’avenir du travail. « Il y a un scénario dans lequel les robots et les intelligences artificielles dans les 20 prochaines années seront meilleurs que les humains dans à peu près toutes les tâches ». Ce tsunami technologique pose une question existentielle : que deviendra notre modèle social fondé sur le travail ?

L’Union européenne se trompe de combat en privilégiant la régulation. « Son acte fondateur, c’est un acte de régulation. On ne réussira pas à réguler l’IA », tranche-t-il. Face aux Américains dérégulés et aux Chinois ultra-contrôlés, l’Europe doit incarner « une nouvelle voie qui est celle d’un humanisme technologique ».

L’augmentation humaine par des implants cérébraux lui « donne le vertige », reprenant les mots du pape François qu’il a rencontré. « Je ne dis pas que ça me réjouit », mais il la considère comme une nécessité future. « Si on se drape de vertu, si on met de la régulation partout, les autres deviendront les maîtres du monde et nous, on deviendra leurs esclaves ».

Sortir de la panne d’avenir

Fils d’immigrés algériens arrivé en France à deux ans, Rafik Smati a écrit en 2014 : « Moi, Rafik Smati, né en Algérie et de culture musulmane, j’accepte sans réserve l’héritage chrétien de la France ». Cette déclaration reflète sa vision de la fraternité nationale.

Pour lui, la cohésion se construira autour d’un projet collectif ambitieux. « Je crois que le drame de la France aujourd’hui, c’est que nous sommes en panne d’avenir, et si nous sommes en panne d’avenir, tout le monde se replie sur son identité, sur ses catégories ».

L’obstacle principal ? « La vision politique ». Il appelle à un consensus sur ce que seront la France et l’Europe « non pas à un an et demi, mais à dix ans, à 20 ans ou même à 50 ans ».

« Optimiste par la volonté, pessimiste par la raison »

Son manifeste France 2045 se conclut par cet appel : « La France peut être fière de son passé, mais elle a par-dessus tout un magnifique futur à construire dans l’unité et dans la fraternité ».

Interrogé sur son état d’esprit face à cette France de 2045, Rafik Smati résume : « Je suis optimiste par la volonté, mais pessimiste par la raison ».

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